Le réveil de la farce, épisode 2

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Pour chasser la pluie et le spleen automnal, quoi de mieux que de rire un peu ? Mais il y a humour et Humour. Or, s’ils sont loin d’être d’illustres inconnus, les personnes évoquées ci-dessous méritent largement une plus ample notoriété.

Place au deuxième volet du « Réveil de la farce ».

 

 

Jooks

« Il était une fois, la vie »

En prélude clairvoyant, on pourrait parler d’un billet de Jooks nommé « La France, le pays aux mille comiques pas drôles ». L’auteur y fustige le cancer de l’humour stand-up (hello Tomer Sisley) et les « comédies françaises » insipides. A raison. Adieu Desproges, Coluche, Les Nuls ou Les Inconnus, on ne peut plus dire grand chose dans ce pays, et l’humour facile et sans relief règne désormais en maître. Mais pas avec Jooks. Ce dernier, Fabien Prade à la ville, sur son sito/blogo/tribuno, parle « avec humour du quotidien des jeunes urbains ». Et la manoeuvre est concluante : ni filtre, ni politiquement correct, cynique, l’auteur fait souvent mouche dans ses explorations sociétales. Avec pour credo de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Florilège éclectique : « Moche et chiant : le cinéma militant » ; Boloss : ces gens qui critiquent Facebook…sur Facebook ; Santé : pourquoi les gens qui mangent bio sont-ils cheum ? » ; « Insolite : ces moeufs qui te mettent un doigt dans le cul »

 

Jooks fait donc figure d’étendard d’un humour « courageux », en voie de disparition.

Délectable.

 

 

Le blog d’un odieux connard

« Qu’il est bon d’être méchant »

Si ses articles sont un peu longuets, l’odieux connard n’en reste pas moins extrêmement drôle. Campant un observateur anonyme lettré, menant relativement grand train, flanqué de son valet nommé Diego, on pourrait le cataloguer dans la section « Humour de droite ». Aux Antipodes de la condescendance, corrosif, délaissant lui aussi les poncifs de l’humour mainstream, l’auteur ne cherche pas à se faire de nouveaux amis. Sa méchanceté désopilante et son verbe habile enrobent des savoureuses analyses, qui font rire aux éclats.

Le must ? Ses spoilers de films, où l’iconique «Drive » en prend pour son grade et « Star Wars-Solo » ne récolte que ce qu’il mérite.

 

 

Jean-Marc Proust

« Plus tard, quand je serai grand, je ferai Flaubert »

Il y avait Marcel. Puis Gaspard. Voici désormais Jean-Marc Proust. Lequel allie d’ailleurs dans ses chroniques sur Slate la clairvoyance de l’alité de Cabourg avec les analyses cinglantes et cruelles de l’ancien banquier.

Habituellement, les critiques littéraires modernes s’en tiennent à pondre un papier sur les livres qu’ils apprécient, en évitant d’égratigner ceux qu’ils estiment au contraire médiocres ou illisibles. Si bien qu’hormis quelques rares exceptions comme Yann Moix, les critiques acerbes d’ouvrages sont rares. Or, non seulement Jean-Marc Proust ne rechigne pas à l’exercice, mais l’humour cinglant de ses articles est tout bonnement jubilatoire.

On peut lui reconnaître une honnêteté intellectuelle salutaire : un prix littéraire n’est pas forcément une gageure d’une littérature ciselée et unique ; il faut savoir sortir la sulfateuse lorsqu’un(e) auteur(e) le mérite; ce n’est pas parce que les médias et que le budget marketing lui apportent de la visibilité qu’un livre est forcément bon.

Si sa zone de confort reste la critique de livres et en fait à la littérature ce que Loïc Prigent est à la haute couture, Jean-Marc Proust peut également deviser avec brio sur le salon de l’Agriculture porte de Versailles, le village de Goutrens ou répondre à Rokhaya Diallo à propos du port du voile.

Avec pour mot d’ordre la chasse au consensualisme. Domaine inépuisable.

 

« C’est bon de rire »

Jean Racine