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Nouveaux usages économiques & sociaux : futur, passé, passif

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La mutation des usages économiques et sociaux bât son plein. Nous assistons à un phénomène futur-passé : si l’économie de demain n’aspire qu’à se développer, de nouvelles tendances sociales semblent en revanche inspirées des pratiques passées. Le tout sous l’œil de décideurs publics relativement passifs face à ces changements.

 

 Une économie futuriste maintenue dans le présent

 

Economiquement, le futur semble de mise : on arrêtera pas l’économie décidée par et pour Internet. Quid de l’économie verte ? Concrètement, la triple hantise actuelle des décideurs publics réside en trois points :

 

– si une entreprise comme Total ferme ses portes et que ses employés sont licenciés, comment résorber la vague de chômage engendrée ? Elément de solution : créer des champions de l’économie verte, lesquels n’existent pas encore, en tout cas pas dans des proportions rimant avec embauches massives et baisse du chômage. Du moins dans la tête de -certains- décideurs d’un autre temps, ce qui constitue d’ailleurs une ligne de conduite étrange : d’abord, qui ne tente rien n’a rien ; ensuite, les spécialistes s’accordent à dire que l’économie verte engendrera dépollution, mais aussi forte croissance et profusion d’emplois. En somme, déshabiller Pierre (Total par exemple) pour habiller Paul (son alter égo de l’économie verte), pour que le principe de substitution entre entreprises polluantes et non polluantes opère plus rapidement.

 

– Les décideurs souffrent d’un sérieux problème de jugement vis-à-vis de l’économie digitale : sans être angélique avec « ses » conducteurs, Uber constitue une menace pour les taxis traditionnels. Mais c’est oublier qu’Uber ou la pauvre société Heetch restent moins onéreux que des taxis traditionnels, qu’ils créent eux aussi de l’emploi et que la majorité de leurs utilisateurs n’ont ni les moyens financiers, ni l’envie de se faire racketter par les taxis. De même, en vacances, une famille préfère louer un logement via Airbnb équipé d’une cuisine et ainsi dépensera bien moins en restaurants insipides et en notes d’hôtel salées.

 

Dès lors, qu’est-ce qui importe le plus ? Le bonheur du plus grand nombre ou les intérêts particuliers de quelques uns ? Après tout, les Aveyronnais vendaient jadis du charbon à Paris du temps où l’Hôtel Costes n’existait pas encore, et les constructeurs de locomotives à charbon se sont faits supplanter par les constructeurs de locomotives électriques.

 

– Comment faire cohabiter croissance économique et écologie ? Car c’est également là où le bât blesse, certains ne sachant pas encore sur quelle énergie parier : nucléaire, éolien, géothermie, solaire (liste non exhaustive) ? Sûrement faut-il, en fonction des emplacements, faire preuve de pragmatisme, ne pas installer des panneaux solaires là où il pleut comme vache qui pisse et ne pas favoriser les moteurs électriques quand on ne dispose pas de centrales nucléaires en nombre suffisant (ou d’une autre énergie alternative) pour faire rouler des Tesla, s’il prend demain fantaisie à tous les automobilistes d’acquérir une voiture de cette marque. Sans parler des menus incidents de parcours propres au nucléaire, comme la contamination de la faune et de la flore dans l’océan Pacifique causé par la catastrophe de Fukushima, rendant relativement songeur lorsqu’on entend le gouvernement français annoncer maintenir coûte que coûte ses investissements dans une entreprise comme Areva, onéreuse pour le contribuable et écologiquement discutable. Le « Comment ? » de la dénucléarisation devrait donc être un sujet politique majeur. Tout comme la recherche de sources d’énergie autres que le polluant pétrole, dont les variations de cours donnent d’ailleurs des sueurs froides aux pays non producteurs d’or noir, et justifient d’autant plus son abandon.

 

 

 Social : retour vers le passé

 

Certains nouveaux usages quotidiens fleurent bon le parfum d’antan.

Ainsi, ils sont de plus en plus nombreux à prendre le contre-pied de nos aïeux, adeptes de l’exode rural. Eux aspirent au contraire à fuir la ville et sa société de consommation frénétique, pour s’établir à la campagne, cultiver leur lopin de terre et vivre en autosuffisance.

 

A propos d’agriculture, la majorité de la population mondiale veut manger mieux. Du moins quand elle le peut. Cela se traduit par un rejet de plus en plus massif d’un des piliers de l’économie de consommation d’après-guerre, le supermarché. Un nombre croissant de consommateurs préfère désormais acheter des aliments produits localement pour réduire l’impact écologique engendré par le transport de produits alimentaires et permettre aux agriculteurs et aux éleveurs de vivre décemment.

 

Enfin, l’union fait la force et tord un peu le cou d’un pilier essentiel de la réussite capitaliste, l’égoïsme, contesté depuis peu par le phénomène des « co ».

Désormais, les espaces de coworking fleurissent. Ils constituent des lieux de travail moins chers à louer pour leurs utilisateurs que les bureaux traditionnels et, du fait de la proximité humaine dans le même espace, devenir le terreau fertile d’échanges et de collaborations professionnelles ; on partage une voiture et on réduit les coûts et l’impact écologique d’un transport grâce au covoiturage ; on finance un crédit grâce à des particuliers et plus seulement des banques, dans la mesure où de petits prêteurs font confiance à des organismes comme Lending Club ou Younited Credit ; certains optent pour le « couchsurfing » (héberger des gens gratuitement), car qui sait, échanger des points de vue et des histoires avec des gens d’horizons différents des nôtres pourrait bien constituer une richesse au même titre que l’argent.

 

 

Des politiques économiques et sociales passives

 

Les décideurs favorisent-ils les nouveaux usages économiques et sociaux ? Et dans l’affirmative, à quelle vitesse ? A l’inverse, les usages s’imposeront-ils d’eux-mêmes et, devant l’ampleur prise par ces phénomènes, les décideurs offriront-ils a posteriori et contraints et forcés, un cadre légal à ces nouvelles manières de consommer et de vivre ? Mystère. Sans compter que les pouvoirs publics peuvent parfois faire sciemment la sourde oreille quant aux aspirations citoyennes. Par exemple, à propos de la crainte suscitée par la consommation d’OGM, bon nombre de citoyens ne veulent pas qu’on les prenne pour des jambons. Les gouvernants tenteront-ils de passer outre leur volonté, comme récemment avec les tentatives de vote du traité Tafta auprès de l’Union européenne, fortement décrié (contrairement au Jefta d’ailleurs) ? Cepa bien du tout.

 

Peut-être cet état de fait explique-t-il pourquoi certaines entreprises majeures commencent à prendre le relais de pouvoirs publics enferrés dans leur lenteur, leur processus décisionnel compliqué et le manque de moyens financiers. Dans la Silicon Valley, du fait de l’envolée des prix de l’immobilier et les difficultés vécues par un nombre croissant d’habitants de cette région pour se loger, certaines entreprises réinventent le paternalisme social, en construisant des logements. Une initiative qui n’est pas sans rappeler celles des grandes entreprises de jadis, fournissant à leurs employés travail et logements.

 

La robotique, les produits connectés, la conquête spatiale et la médecine franchissent jour après jour des paliers décisifs. Là encore, les pouvoirs publics semblent un peu en retrait, et pour l’heure ce sont davantage les initiatives privées qui font avancer le schmilblick.

 

Il faut toutefois se garder de condamner en bloc les initiatives publiques. Des organismes comme la BPI demeurent très actifs dans la détection et le développement d’entreprises prometteuses. Néanmoins, en France, l’absence de « feuille de route » et une politique de financement ne bénéficiant pas à tous les secteurs d’activité ou entreprises, peuvent interpeler.