L’obsolescence programmée des produits : la pub nous rend esclave (merci Apple)

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Le sénateur de l’Essonne et Président du groupe Europe Ecologie les Verts (EELV) au Sénat, Jean-Vincent Placé, vient de déposer avec ses compères sénateurs verts un projet de loi visant à condamner l’obsolescence programmée.

 

Quésaco ? L’obsolescence programmée consiste pour un fabriquant à limiter délibérément la durée de vie des produits qu’il commercialise.

 

Prenons par exemple un pull-over acquis de haute lutte un premier jour de soldes ou une rutilante machine à laver le linge vantée par un vendeur obséquieux et efficace d’une grande surface : après un nombre de lavages somme toute peu élevé, le premier va s’effilocher, la deuxième débloquer.

 

Acheter tout, tout de suite, maintenant

 

Comment ?! Où est passé le pull-over aussi robuste qu’un pont Eiffel, que l’on pouvait enfiler de nombreux hivers d’affilée à satiété ? La machine à laver le linge qui chantait tambour battant bien au-delà d’une décennie ? Enfin, sondant les tréfonds de nos enfances, certains se rappellent peut-être les antiques Frigidaires au design insolite d’une Amérique qui nous fascinait, à la longévité avoisinant celle de Michel Drucker à la télé.

 

Mais les temps changent. Désormais, place à l’éphémère. Contrairement à certains macarons, les produits de consommation courante ne s’inscrivent pas dans Ladurée.

 

D’abord, parce que la publicité nous rend esclaves du remplacement programmé des produits manufacturés : « Quoi, t’as pas le dernier iPhone ? Mais Comment fais-tu pour viiiiivre ? »

 

On se le demande aussi.

 

Également, parce que les fabricants ont réduit les durées de garantie de la plupart de leurs produits : sans garantie, la réparation coûte cher, donc il est plus économique de racheter des produits neufs.

 

Enfin, parce qu’on ne trouve pas pour tous les produits les pièces de rechange correspondantes. Là encore, le consommateur est obligé de racheter les dits produits.

 

Sans doute, les fabricants de tout poil ou de tout métal doivent estimer que dans le mot consommateur, la première syllabe est éloquente…

 

Un concept qui ne date pas d’hier

 

Le concept d’obsolescence programmée au nom si chantant a été théorisé en 1932 par un industriel américain, Bernard London, lorsque la crise économique a failli faire dire aux États-Unis « Game Hoover ».

 

Pour cet entrepreneur lumineux – totalement désintéressé comme chacun peut l’imaginer – ce concept représentait « THE » solution pour mettre fin à la crise amorcée en 1929 : limiter la durée de vie des objets permettrait de soutenir la consommation des ménages et de facto la croissance américaine. Concept repris en chœur par les fabricants du monde entier ne crachant pas sur les profits récurrents et significatifs. Période de crise ou pas.

 

Jadis, les croque-mitaines du stalinisme moquaient le système russe en diffusant des photos de tracteurs soviétiques abandonnés en rase campagne, leurs fabricants n’ayant pas pensé à produire des pièces de rechange.

 

Presque un siècle plus tard, Apple impose à ses clients de racheter bon nombre de produits ou services dérivés qu’ils détenaient déjà : anciens chargeurs d’iPhones incompatibles avec le dernier modèle, softwares gourmands en ressources, nécessitant des mises à jour perpétuelles et incompatibles avec les vieux modèles…

 

Aujourd’hui, les inconditionnels d’Apple commencent à dégriser : à force de devoir tout racheter, la note commence à être plus salée qu’une brandade de morue. Sans compter que les ordinateurs et autres produits siglés de la pomme rognée n’ont plus la solidité ni la longévité légendaires de la marque, alors qu’il fut un temps où les produits de la concurrence rendaient leur dernier soupir informatique bien avant ceux d’Apple… Ce qui justifiait les prix élevés de ces derniers.

 

Aujourd’hui, ces prix himalayens sont-ils toujours légitimes ?

 

La forte concurrence actuelle rencontrée par la firme américaine n’explique peut-être pas tous les pépins d’Apple…

 

Une hérésie écologique

 

Enfin, le plastique c’est fantastique, mais cela engendre trop de déchets. Remplacer tous les quatre matins son électroménager, son informatique, ou la tondeuse à gazon n’épargne ni notre porte-monnaie ni notre planète en termes d’émissions de dioxyde de carbone : il faut fabriquer et fabriquer encore des produits de consommation, car ceux-ci sont conçus pour ne pas durer trop longtemps. Argument mis avant par EELV pour combattre l’obsolescence programmée. Ne vaut-il pas mieux garder plus longtemps des produits, parfois achetés plus chers mais bien moins éphémères ?

 

Sans compter que le fameux pouvoir d’achat des Français en sortirait grandi, puisqu’ils remplaceraient moins leurs produits hors d’usage. Particulièrement en période de crise comme celle que nous traversons. On achète « une fois pour toutes » sa cafetière, car celle-ci ne nous lâche pas au bout de trois ans. Expresso pour le café, OK, pas pour la durée de vie de la machine.

 

La démarche des sénateurs écologistes est donc clairvoyante.

 

Les fabricants « voyous » dans le viseur

 

Concrètement, le projet de loi déposé par le groupe EELV au Sénat définit l’obsolescence programmée comme « l’ensemble des techniques par lesquelles un fabriquant ou un importateur de biens vise, notamment par la conception du produit, à raccourcir délibérément la durée de vie ou d’utilisation potentielle de ce produit afin d’en augmenter le taux de remplacement ».

 

Le projet de loi prévoit des sanctions de deux ans d’emprisonnement et/ou une amende de 37.500 euros à l’encontre des fabricants coupables du délit d’obsolescence programmée (article 1er du projet de loi).

 

Ce délai d’emprisonnement serait porté à « trois ans à compter du 1er janvier 2014, quatre ans à compter du 1er janvier 2015 et cinq ans à compter du 1er janvier 2016 ».

 

Le projet prévoit également l’obligation pour les fabricants de tenir à disposition des acheteurs de leurs produits des pièces de rechange pendant dix ans à compter de la date d’achat du bien et disponibles dans un délai maximum d’un mois. Le texte entend par pièces de rechange les pièces « indispensables » à l’utilisation du produit.

 

Enfin, les fabricants doivent rendre disponibles les notices de réparation des produits.

 

Toutefois, comme Colombo, il y a un impair : il y a fort à parier que les fabricants visés par la loi mettront des bâtons, voire des baobabs, dans les roues des bicyclettes des écologistes pour empêcher que cette loi soit votée. Les écologistes, toujours Placé, jamais gagnants ? L’avenir le dira. Seule certitude : l’obsolescence programmée est loin d’être un débat périmé !

 

 

Lire cet article sur Le Plus du Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/863009-l-obsolescence-programmee-des-produits-la-pub-nous-rend-esclave-merci-apple.html