mosquee paris-poids-plume-edouard-teulieres

Les assurances-vie islamiques : entre Prophète et profits, une aubaine pour les assureurs.

Par | 0 Comments

Des assureurs comme Allianz, Swiss Life et Vitis Life viennent d’étoffer leur gamme de produits en lançant chacune un contrat d’assurance-vie « charia compatible ». Comprenons que ces contrats sont conformes à la loi coranique et devraient de fait attirer une clientèle de confession musulmane.

 

On peut y voir une évolution des mœurs encourageante car davantage calquée sur une photographie plus fidèle de la population française actuelle.

Ce soubresaut de démocratie financière doit néanmoins être tempéré pour plusieurs raisons.

 

 

 

 

Intérêts religieux et assurantiels en parfaite harmonie.

 

La loi coranique interdit les investissements comportant des intérêts définis à l’avance. Ce qui signifie qu’il est impossible de trouver un fond euro dans un contrat d’assurance-vie coranique. Ou une unité de compte composée d’obligations ou d’actions comportant une rémunération prévue à l’avance.

 

Cette interdiction religieuse des intérêts prédéterminés contractuellement constitue un immense bénéfice pour les assureurs. « Grâce » à la loi coranique, ces derniers n’ont pas à budgétiser à l’avance des sommes correspondant à des capitaux et des intérêts futurs définis contractuellement, comme ils peuvent être amenés à le faire pour leurs clients non musulmans. Pour simplifier, si un assureur reçoit un euro de Pierre, Paul ou Jacques et leur garantit à chacun un taux annuel de 4%, il ne doit ni dépenser l’euro du capital de départ, ni les 4% qu’il doit leur verser. L’anti système Madoff par excellence.

Or cet impératif constitue habituellement le nerf de la guerre pour les émetteurs d’assurance-vie (principalement pour les fonds euro qui comportent toujours un taux minimum garanti contractuellement au souscripteur du contrat d’assurance-vie, adossé à un taux d’intérêt qui lui varie chaque année). Or si de telles sommes ne sont pas indisponibles, cela signifie que les assureurs ont les coudées franches pour investir davantage d’argent sur les marchés financiers et augmenter de facto les potentiels gains futurs pour leurs clients ou pour eux-mêmes. En cas de gestion avisée bien entendu.

 

 

Maigres obligations des assureurs

 

La principale obligation des assureurs émetteurs de contrats « coraniques » consiste donc à ne pas proposer des unités de compte (catégorie d’investissements d’une assurance-vie à capital initial et intérêts non garantis, sauf exceptions) définies par le « haram » (« l’interdit ») : des investissements non conformes à la loi islamique, tels les jeux de hasard, la vente d’alcool ou le sexe. Ni de pratiquer la spéculation.

 

Enfin, les investissements en actions doivent s’opérer dans des entreprises faiblement endettées et ne représenter qu’un tiers maximum de la valeur de leurs fonds propres. Concrètement, les assureurs doivent adopter une gestion en bons pères de famille et n’investir que dans des entreprises solides financièrement. Ce qui limite les mauvaises surprises de pertes de capital pour leurs clients. Mais si tel était le cas, les assureurs sont doublement gagnants car ce sont leurs seuls clients et non eux-mêmes qui supportent les risques de perte en capital.

 

En résumé, hormis la contrainte du principe du haram, les assureurs n’ont jamais eu les mains aussi libres en matière d’assurance-vie.

A l’heure des marchés financiers encore versatiles et de la baisse des taux d’intérêts proposés par les fonds d’assurance-vie garantis en capital, les contrats coraniques arrivent à point nommé pour les assureurs.

 

 

Clientèle nouvelle et fortunée.

 

 

Le ticket d’entrée du contrat Salam-Epargne & Placement (émis par Swiss Life) s’élève à 3000 euros minimum (1500 euros minimum pour un versement complémentaire). Il est donc accessible à de nombreux épargnants musulmans un brin économes. Or Vincent Liégeon, directeur commercial de Swiss Life, indiquait dans les colonnes du journal « Le Monde » que les versements libres sur ce nouveau contrat atteignaient 50 000 euros en moyenne. Des sommes importantes au vu des standards habituels de l’assurance-vie. Laissant à penser que nombre d’épargnants musulmans attendaient depuis longtemps un placement en adéquation avec à leurs convictions religieuses, mais semblent surtout le cas échéant détenteurs d’un bas de laine financier digne d’intérêt. Autre bonne nouvelle pour les assureurs en général (lesquels devraient rapidement proposer des contrats similaires) et Swiss Life en particulier.

Le livret A (proposant un taux annuel garanti et donc non conforme à la charia) est en train de prendre un sacré coup de vieux.

 

 

En revanche, le contrat « Amâne Executive Life » de Vitis Life prévoit un ticket d’entrée de 250 000 euros et des versements complémentaires de 50 000 euros. « Qui ne dit mot consent » : les frais de souscription peuvent s’élever jusqu’à hauteur de 3,50% du capital versé. On ne saurait que conseiller aux souscripteurs de ce contrat destiné à une clientèle aisée de négocier à la baisse ce tarif.

 

A noter que ces contrats peuvent être souscrits par des non musulmans.

 

 

Les experts marketing de Swiss Life et Vitis Life apparaissent donc comme des personnes perspicaces. D’abord ils séduisent une clientèle prometteuse sous couvert d’investissements conformes à la charia. Tout en prenant moins de risques de gestion et de responsabilité qu’à l’accoutumée en termes de pertes des capitaux gérés pour le compte de leurs clients musulmans. Prudence toutefois car le Comité Indépendant de la Finance Islamiste en Europe (CIFIE) surveille la conformité des assurances-vie avec les principes régissant l’Islam.