Hommage à Stéphane de Groodt

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Ça Manche pas de pain.

 

Les médias annoncent ici et là que le premier enfant de Kate et William va naître sous peu. Hier n’étant pas aujourd’hui, nous étions le 18 juin, et j’ai reçu un appel, l’appel de Londres, car on m’a demandé de m’y rendre pour couvrir le futur heureux événement et glaner ainsi des renseignements sur le prénom et le sexe du rejeton. Bref, casse-toi tu pues et marche à Londres. J’écourte donc ma séance de musculation dans la salle de gym, renonçant ainsi à y trouver mon alter-égo.

 

Le lendemain,  je prends l’Eurostar qui tel un bras, traverse la Manche.

 

« Hello ! Non mais hello, quoi ! ». Dans la capitale britannique que j’arpente frénétiquement, nul ne m’adresse la parole malgré mon maillot du PSG de David Beckham. Pis, le ciel est moins Dorian que grey, et il se met bientôt à pleuvoir en plein Trafalgar Square. Bref, c’est la Waterloose.

 

Trouvant refuge dans un pub, une musique d’ambiance flotte dans l’air ouaté, que tous les clients reprennent en chœur. Imaginant qu’il s’agit-là d’une ode à la gloire du président des Etats-Unis, je me mets à scander avec eux « Obla-di Obama » de ma plus belle voix.

 

Je commande un thé, puis entame la conversation avec un abbé qui revient d’une mise en bière. L’occasion faisant le larron, j’entreprends l’abbé sur le reportage qui m’Amen. Puis, lui demande benoîtement  -tel un temps les Ukrainiens aux Russes pour l’acheminement de leur gaz- s’il ne pourrait pas par hasard me faire bénéficier de ses tuyaux. A ces mots, celui-ci, offusqué, me répond que l’abbé Abba (c’est lui) ne mange pas de ce pain-là.

 

Je souhaite ensuite me rendre à la Tate Gallery et demande mon chemin à un policier :

– Bobby ?

– Non Monsieur, je m’appelle John.

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– A vos souhaits.

Ah, l’humour anglais !

 

Plus tard, me voici face à un dilemme, à savoir rentrer ou pas dans une maison close, mais ouverte d’esprit. Bref, c’est le bordel, mais ma curiosité maladive l’emporte. Chassez le naturiste, il revient au bungalow.

De jeunes et séduisantes call girls tentent de me soutirer quelque menue monnaie. Au bout d’un moment, Zahia suffit : je réponds à ces belles créatures que je ne suis pas James Pound. Sur ce, elles grimacent puis me laissent choir pour dénicher clients plus fortunés. Bref, elles comme moi finissons la queue entre les jambes. Messieurs les Anglais, tirez-les les premiers.

Afin de conjurer le sort et la frustration, je me surprends à jouer à la machine à sots toute proche. L’écran de l’appareil  m’indique : « Récupère Tamise ou plonge ». Le grand bleu que je suis finit par plonger.

 

Business after pleasure, je me consacre désormais à la mission qu’est la mienne : collecter informations et clichés sur les Windsor et consorts. Je parviens donc aux abords du palais royal, comme dirait Valérie Trierweiler. J’aperçois de loin la directrice générale du FMI. Normal, c’est l’heure de la relève de Lagarde.

 

Impossible de rentrer, il faut ruser comme un Nanard. Malgré des fientes de pigeons bombardées par ces volatiles incontinents biens qu’insulaires, je grimpe bonnant malant à un arbre, surplombant la piétaille remuante des touristes piaffant devant le palais, et me voici bientôt plus perché que Syd Barrett (Acide Barrett pour les intimes). Au faîte de tout, je sors mes jumelles, puis remets la photo de mes filles dans ma poche, sors ma longue vue et mets mes lunettes : tel un chirurgien, je scrute avidement les entrailles de l’édifice à papas. Dans le palais sans être beau, le prince Philippe est en train d’haranguer son auditoire :

 

– Je vous l’avais dit dit qu’il fallait se couvrir.

– Le prince William : Mais Kate et moi voulions cet enfant !

– Je parlais du temps, il pleut comme vache qui pisse.

– Au fait, j’ai changé d’opérateur téléphonique, je suis chez Guillaume Tel maintenant. La musique d’attente fait « Pomme, pomme, pomme, pomme ».

– Comme la Vème de Beethoven.

– D’ailleurs, il est mort d’un concert.

 

Le prince Charles brille par son absence. Grand-père du futur héritier du trône et héritier lui-même, il semble totalement absorbé deux boules par un reportage à la télévision à propos de la montagne la plus méchante du Monde : le Monsanto.

Camilla, sentant que cette foire du trône agace son mari, tente de faire comme le Titanic (briser la glace). Le sachant botaniste, elle essaie de le brancher potager à coup de blagues potaches :

– Tu sais ce que c’est deux pastèques dans un champ de maïs ?

– Eeeet ?

– Les couilles du Géant Vert !

– Et ben, ce n’est pas pour rien que tu t’appelais Parker Bowls avant notre mariage…

 

Le prince Harry péteur à cause des flageolets absorbés lors de son dernier repas, n’est pas à la fête. Pourtant, il tente de conjurer la flemme olympique ambiante

S’adressant à son frère et à sa belle-sœur : Comment allez-vous appeler votre enfant ?

Kate, prise d’une contraction douloureuse, s’adresse à son ventre comme à son enfant :

– Windsor de là !

 

A cet instant, la reine Elisabeth II, pas de Troie mais d’Angleterre, imite le Vésuve et fait irruption dans la salle. Bien qu’il soit pourtant tard, de retour à Buckingham, pas lasse, elle s’envoie un brandy des grands chemins dans le gosier.

Puis celle-ci déclame à la Cantona :

– Putain, comment on va l’appeler le minot ?

 

Comme disent les viticulteurs girondins, l’heure est Graves.

C’est cet instant précis que choisit la branche de l’arbre sur laquelle je suis juché pour céder. « Alpes-là ! » me crient de haut les gardes du palais, qui m’expédient manu militari loin d’ici.

 

Chou blanc. Mon patron va encore plus me détruire que Londres pendant le Blitz et me Pompéi l’air de surcroît.

Une voiture passe et m’éblouit avec ses phares et paillettes. C’est une Alfa  conduite par un bêta. Oméga bien, j’ai une révélation !

 

En effet, si j’ai vu passer une Alfa Roméo Giulietta à cet instant précis, c’est un indice sur le prénom du futur enfant de Kate et William.

 

Je me trouve au milieu de la ville, donc dans le « middle of the town » en anglais. La contraction de ces mots ressemble étrangement à Middleton, le nom de jeune fille de Kate Windsor. Premier indice. Deuxième indice : si j’ai donc aperçu la voiture susvisée, il faut en déduire qu’Alfa ressemble à s’y méprendre à half en anglais, signifiant « moitié ». Si on associe les mots half et Middleton, cela signifie que l’enfant de Kate et William sera pour moitié un Middleton, pour moitié un Windsor. Donc, si c’est un garçon, il s’appellera Half, si c’est une fille, Halfa. Or, étant donné que la voiture croisée était une Alfa -qui se prononce comme le prénom Halfa- Kate et William attendent une fille.

 

Satisfait, je rentre à mon hôtel, mail mon boss Hugo pour l’informer de ma découverte, et m’endort profondément, un sourire aux lèvres.

 

Le lendemain, reposé et le cœur léger, au lieu de reprendre le train, j’opte pour un bateau pour rentrer à Paris. Normal, ce séjour était un Ferry tail, un conte défait comme on les appelle de notre côté de la Manche.