Comment faire comprendre à quelqu’un qu’il vit dans un patelin merdique au possible ?

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C’est humain : nombreux sont ceux aimant mettre en avant leur patelin natal ou le lieu où ils habitent. Et vas-y qu’il vous sort une anecdote sur le personnage historique local, une spécialité culinaire douteuse, voire le monument incontournable à aller admirer si vous passez un jour à proximité. La coupe est pleine. Vous n’avez pas que ça à faire, le reste de l’auditoire non plus, et quand on y réfléchit, la vérité douloureuse fait du bien à entendre : il vient d’un bled de merde et il serait temps de le lui faire comprendre.

 

1) Il vient d’une ville dont personne n’a jamais entendu parler

Cependant, pas démonté pour autant, votre interlocuteur fait fièrement défiler les photos Instagram de sa ville #Troupaumé. Les clichés étant au nombre de 5, et votre interlocuteur l’auteur de chacun d’entre eux, il va sans dire que ce petit intermède digital devient du pain béni pour le dégommer en règle. Un petit « Et où est le stade olympique ? », risque de faire rire l’assemblée à moindre frais, et à moins que vous ayez à faire à un masochiste de premier ordre, il va sans doute ranger bien sagement son téléphone et changer de sujet.

 

2) Il est vantard

Si la méchanceté est vilaine alliée, il existe un seul cas où elle peut être utilisée sans vergogne : non content de venir d’un trou paumé, voilà que cet hurluberlu se vante à jet continu ! Les vantards sont immanquablement trop sûrs d’eux ou à l’inverse mégalomanes car peu confiants #PsychologiedeComptoir. Aussi, n’hésitez surtout pas à tailler en pièces cette catégorie d’individus :

Donc la curiosité architecturale locale serait un plafond de poutres apparentes dans une petite maison de maîtres ? Cela m’étonne qu’aucun impressionniste ne soit jamais venu peindre ce bel écrin, Célestin.

Aaahhh, la tarabelle aux poireaux ! Le plat préféré de Mitterrand, si je ne m’abuse ? Ah non, je confonds, lui préférait les cagouilles.

As-tu dit 2 000 ou 200 000 habitants ? Ah, 2 000, donc. Oui, logique, 200 000 habitants, on en aurait forcément entendu parler.

 

 3) La météo y est capricieuse

Les gens venant d’un patelin où il pleut comme vache qui pisse quand il ne gèle pas, ont la fâcheuse tendance à passer sous silence ce gros désagrément dans leurs descriptions dithyrambiques. Il y fait tout le temps humide et froid, dites-vous ? Peut-être, mais les gens là-bas sont bien plus sympas et chaleureux qu’à Paris ou à Marseille, au moins ils « ne se la pètent pas », eux. Et bim ! Sans doute. Mais les Parisiens ont beau compter dans leurs rangs d’odieux personnages, il n’en restent pas moins les habitants d’une ville comprenant le Sacré-Cœur ou le Louvre. Quant aux Marseillais, après une défaite de l’OM, ils peuvent toujours aller se consoler en se baignant dans une calanque ensoleillée.

 

4) Il est dépressif

Il ferait pleurer un chien battu ou un contrôleur du fisc. Et oui, Jean-Cyprien n’a pas la forme et le moral dans ses sandales. Il nous fait une grosse dépression, le pauv’ petit père. Alors, quand il parle de sa ville natale où les taux de chômage et de suicide par habitant tutoient les sommets, dur dur de l’enfoncer. En pareilles circonstances, difficile de critiquer. Il faut néanmoins bifurquer vers un sujet de conversation plus attrayant, votre santé mentale en dépendant.

– Dis-moi Jean-Cyprien, ce n’est pas par chez toi que Ken Loach voulait tourner initialement l’un de ses films ?

– Il paraît que tu es le roi de la tarte à la tomate. Tu as appris la recette en Italie, non ?

– On n’a pas sonné, à l’instant ?

– Si tu nous parlais un peu de ta chérie ? Ah mince, elle s’est tirée avec ton voisin et ils vivent maintenant à Sydney ? Bah, comme on dit « Une de perdue… » et ben une de perdue. », voilà, voilà. »

 

5) Il travaille à l’office du tourisme local

Catégorie épineuse s’il en est. Il connaît tout sur sa ville, renseigne aimablement les touristes, y organise des visites qu’il tente d’égailler en plaçant quelques blagues en anglais lorsque par miracle, un bus de chinois victime d’une erreur d’aiguillage de leur tour-opérateur se rend sur place. Parfois à l’excès : « Comme cette plaque l’indique, Victor Hugo a séjourné dans cette maison 24 heures », « Marcel Proust et Gilles Verdez ont posé leurs pêches dans les toilettes de ce restaurant », « Le chien de Pavlov raffolait de la spécialité locale, les croquettes Buffasses ». En gros, il donne le tournis, il convient donc de mettre le holà :

– Mais dis-donc, c’est dans ta ville qu’a sévi il y a quelques années le pédophile Anthony Couinne, non ?

 – Victor Hugo était très malade cette année-là.

 – Dis-moi Ferdinand, sans te commander, si nous laissions maintenant Amanda nous raconter ses vacances au Wakanda

 

 NB : L’emploi du « il » dans ce billet constitue uniquement une commodité de langage doublée d’une flemme tenace. Néanmoins, tous les points décrits ci-dessus s’appliquent aussi bien aux pépères qu’aux mémères.