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Carlo Ancelotti, premier cas de Qataracte ?

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Le Qatar est partout. Rachat du Printemps, investissement dans les banlieues françaises… Côté sport, il n’est plus possible de regarder de basket NBA (championnat de basketball américain) en France sans être abonné à BeIN SPORT (propriété du groupe Al-Jazeera), ni de visionner certains matchs de football de la Ligue des champions, pour les mêmes raisons. Quid du Tour de France payant et diffusé par cette chaîne sportive d’ici quelques années ?

L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue

Par ailleurs, c’est la mention Qatar fondation qui figure sur les maillots des joueurs du FC Barcelone. Quant à la Coupe du monde de football 2022, elle aura lieu au Qatar. Grâce notamment à Zinédine Zidane, qui a plaidé – moyennant grasse rémunération – la cause d’un pays où jouer au football en plein été n’est pas sans risques, eut égard aux températures avoisinant les 40 degrés.

Enfin, jadis honni par les supporters de France et de Navarre, le Paris Saint-Germain fascine aujourd’hui par son armada de stars grassement payées par les pétrodollars du Qatar : le frimeur Pastore, le dandy Beckham, le pugnace Thiago Silva, et bien sûr l’inénarrable Zlatan Ibrahimovic, à l’égo encore plus surdimensionné que ses prouesses balle au pied. Sans oublier l’entraîneur italien Carlo Ancelotti, ancien joueur émérite reconverti en tacticien hors pair. Liste non exhaustive.

Personne ne résiste à la Qatarimania. L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue.

Tout irait au mieux dans le meilleur des mondes si le PSG, devenu champion de France 2013 et bien décidé à recruter de nouvelles « pointures » pour aller décrocher la Ligue des champions dès la saison prochaine, ne s’était pas crispé depuis peu : Carlo Ancelotti, davantage sous pression qu’une cocotte minute tout au long de la saison, serait courtisé par le Real Madrid pour aller entraîner ce club dès la saison prochaine.

Incertitude au sommet du club

Quand bien même l’intéressé dément cette rumeur parce que le PSG est un club génial, que Paris est magique, ses musées passionnants et tout et tout, il y a de l’eau dans le gaz liquéfié et cette rumeur fait tâche de pétrole chez les Qataris.

On imagine dès lors les conversations actuelles dans les locaux du PSG :

Nasser Al-Khelaïfi s’adressant à Leonardo, manager général du club :

– Il paraît que Carlo joue au terroriste : il parle d’aller entraîner le Real Madrid, c’est quoi ce foutoir ?
– Leonardo, penaud : Euh, oui, il paraît.
– NAK, à deux Doha d’exploser : Parlez ensemble, toi qui est italien comme lui.
– Je suis brésilien.
– Ah, j’ignorais.
– NAK : Bon, vous les joueurs, vous en pensez quoi ?
– Zlatan Ibrahimovic : Zlatan n’a pas besoin d’entraîneur ni de coéquipiers.
– NAK : Où est Beckham ?
– Leonardo : Parti faire du shopping.

 

Comme disent les opposants Syriens au régime de Bachar el-Assad « Tout n’est pas gagné » et de départ d’Ancelotti, il n’y aura peut être point. La faute à une clause contractuelle permettant au PSG de retenir Ancelotti à l’insu de son plein gré, mais que les Qataris n’appliqueront vraisemblablement pas. Ou qu’Ancelotti, déçu par l’élimination prématurée du PSG en Ligue des champions, reste une saison supplémentaire pour tenter de décrocher la timbale en 2014.

Ancelotti, le précurseur

Quoi qu’il advienne, Ancelotti fait figure de précurseur, voire de héraut contre l’hégémonie monétaire du Qatar : on n’achète pas tout avec l’argent. Ni les cœurs, ni les âmes, les Qataris l’apprennent avec Ancelotti à leurs dépenses, pardon, dépens. Sans compter qu’Ancelotti partirait davantage pour des considérations d’incompatibilités d’humeur que financières : le courant passerait bien mieux avec Fiorentino Perez, président du Real Madrid, qu’avec la direction qatari du PSG, jamais avare de reproche, voire de menaces professionnelles à peines feutrées lors des défaites répétées de l’équipe du PSG cette saison.

Jamais habitués à être contredits mais toujours obéis, les Qataris n’en croient pas leurs yeux et tombent de haut : Ancelotti, impudent électron libre, a-t-il inventé le concept (durable ?) de Qataracte ? À savoir, savoir dire non aux Qataris.

Est-ce contagieux ? À l’instar d’Ancelotti – imité par Ibrahimovic que l’on annonce lui aussi sur le départ vers l’Italie à l’issue de cette saison – va-t-on voir par exemple des dirigeants politiques tricolores ou étrangers demander aux seigneurs de Doha plus de transparence dans leurs investissements divers et variés, par exemple dans les banlieues françaises ? Dans leurs soutiens à certains révolutionnaires au Moyen-Orient, que l’on susurre islamistes ? Ou de lever la part d’ombre sur les conditions de rémunérations parcimonieuses d’une certaine fange de travailleurs étrangers précaires construisant moults et orgueilleux édifices dans leur pays plein de lumière ?

Qataracte ou adopteuncheik.com ? Les paris sont ouverts. Sur BeIN SPORT ou ailleurs.

 

Edouard Teulières

 

Retrouvez cet article sur « Le Plus » du Nouvel observateur: http://leplus.nouvelobs.com/contribution/858579-psg-ancelotti-sur-le-depart-la-preuve-que-l-argent-du-qatar-n-achete-pas-tout.html