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Comment mettre Daech dans la dèche

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À l’aune de jours noirs suite aux attentats en France et au Danemark, ainsi qu’aux exécutions abjectes outre-Méditerrannée, il ne faut pourtant pas perdre espoir. Si cruauté et intimidation sont devenues les cartouches des islamistes, ceux qui veulent leur résister en possèdent également. À condition de les utiliser correctement.  

 

 

  • Pour vivre heureux, informons cachés

 

Charlie Hebdo, puis le dessinateur suédois Lars Vilks visé à Copenhague: quiconque moque le prophète Mahomet semble devoir subir les foudres des djihadistes et payer de sa vie son « insolence ». Les rassemblements en hommage aux victimes pour réaffirmer que ces crimes odieux n’entameraient jamais la liberté d’expression ont néanmoins bon dos: on ne lutte pas contre le terrorisme avec une bougie allumée et des gerbes de fleurs.

Des attentats tels que ceux perpétrés récemment peuvent se reproduire. Si informer est une noble cause, les journalistes ne doivent pas pour autant devenir de la chair à canons. Quid d’une France où seuls les journalistes couvrant les matchs de football pourront vivre tranquillement ? D’un autre côté, la presse ne souhaite pas s’autocensurer.

La solution pour ceux dénonçant les terroristes islamistes avec véhémence ? Tenir secret l’emplacement des sièges des rédactions (tout comme les sociétés d’impression pour les journaux papiers), hormis vis-à-vis des pouvoirs publics. Choix d’autant plus facile s’il s’agit d’un média on line: les djihadistes passent bien par des serveurs délocalisés pour diffuser leurs vidéos de propagande. Les médias n’ont qu’à utiliser des procédés similaires.

Et partant, informer anonymement: ne pas connaître le visage de Banksy ne semble pas émouvoir son public s’arrachant à prix d’or ses oeuvres. Ramené au journaliste, qu’est-ce qui importe le plus ? La qualité de l’article ou son auteur anonyme ? Parfois, la posture des activistes Anonymous peut donc avoir du bon… lesquels ont d’ailleurs puni les organisations djihadistes suite aux attentats de Charlie Hebdo.

« On ne prend pas un château vide ». Il sera difficile pour des djihadistes de tuer un journaliste ou un dessinateur dont on ne connaît ni la réelle identité, ni le visage, ni le lieu de travail.

 

 

  • Sans pétrole, nul n’est prophète en son pays

 

Hormis quelques opérations comme les attentats de New York en 2001 financés par la fortune d’Oussama Ben Laden, commettre un attentat ne demande pas beaucoup de moyens matériels et financiers. Reste que pour les organisations islamistes d’envergure voulant durer dans le temps, le nerf de la guerre reste l’argent.  À regarder de plus près, « Daech », califat islamique autoproclamé (EI) ne s’est pas implanté à cheval sur la Syrie et l’Irak par hasard. La récente création d’une branche libyenne de ce mouvement n’est pas accidentelle. Daech veut régner. Pas que sur les esprits. L’organisation veut ainsi faire main basse sur les puits de pétrole ou des champs gazières, comme dans l’Est de la Libye. Et accéder ainsi à des richesses inouïes. Or, l’économie moderne dépend du pétrole. Le cortège des pays indignés par Daech refusera-t-il pour autant de lui acheter du pétrole si sa survie économique en dépend ? Rien n’est moins sûr, et Daech aura donc deux armes à sa disposition pour imposer son hégémonie: terrorisme et pétrole.

Depuis les chocs pétroliers des années 70 , « l’or noir » empoisonne la vie économique et sociale de bon nombre de démocraties. Voilà qu’une partie des gisements pourrait maintenant tomber dans l’escarcelle de l’EI ! Bientôt l’EIxxonMobil ?

N’est-ce pas une raison supplémentaire pour s’affranchir enfin de la tutelle ombrageuse du pétrole et du gaz sur notre économie ? Développer d’autres sources d’énergie plus écologiques revient aussi à se prémunir contre l’influence de Daech et son possible financement grâce à l’annexion de terres au sous-sol riche.

Bref, il faut mettre Daech dans la dèche.

 

  •  Instaurer un service civique ou militaire, créer de l’emploi 

 

« Un service militaire ? Pour leur apprendre à combattre et qu’ils commettent des attentats ? ». Pourtant, les nombreux Français ayant effectué leur service militaire avant la réforme de 1995 ne sont pas devenus des terroristes… Forçons le trait: un service militaire ou civique apprend à respecter l’autorité, à vivre avec d’autres individus issus de classes sociales différentes, enseigne la nécessité de l’effort pour obtenir une récompense. Certains pensent qu’un service miliaire ou civique limiterait l’oisiveté, le chômage et les rencontres de prédicateurs sulfureux.

Les Kouachi, Merah et autre Coulibali n’auraient peut-être pas agi de la sorte s’ils avaient eu une vie professionnelle plus aboutie. La misère sociale, le chômage endémique sévissant dans certains quartiers incite bon nombre de djihadistes à « franchir le pas ».

 

 

  • Concilier valeurs françaises, étrangères et religieuses

 

Expliquons aux jeunes et moins jeunes les principes républicains: Liberté, Égalité, Fraternité. Et laïcité. Cette dernière constitue ce que les Américains appellent les Vested Rights (« droits inaliénables »). Bûchers d’hérétiques, massacres et persécutions de Protestants ou de Juifs, abjuration… les Français ont trop souffert au nom d’une religion hégémonique ! Désormais, l’inconscient collectif ne tolère aucune forme de dictat religieux ou au nom d’une religion. La laïcité n’est pas négociable. Elle constitue un droit français inaliénable. Encore faut-il expliquer pourquoi à ceux qui brûlent et crachent sur des drapeaux tricolores. La liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres, certains sont morts pour que triomphe cet idéal. Les dirigeants Français devraient également rappeler à certains concitoyens la vie « chaostidienne » dans les pays où liberté et démocratie n’ont pas cours…

Les récents événements tragiques remettent au goût du jour un débat national : que signifie être Français ? Pouvoir être différent de son prochain tout en partageant également avec lui des valeurs républicaines communes. Pas uniquement la mention « Nationalité française » sur une carte d’identité. Qu’on mange ou pas du porc n’empêche pas de chanter ensemble « La Marseillaise ».

L’origine ethnique peut parfois être handicapante en France. Elle reste par exemple l’une des raisons de discrimination à l’embauche. Certains adhèrent donc d’autant plus facilement à l’Islam radical, par rejet d’un modèle social français qu’ils n’ont guère intégré. Alors qu’ailleurs on apprécie les gens forgés par plusieurs cultures, on les marginalise au contraire trop souvent en France. Pourtant, qui de plus indiqué pour aller négocier un contrat en Algérie qu’un franco-algérien ? De même qu’implanter une usine en Chine sans quelques franco-chinois dans l’effectif semble saugrenu. La France multiethnique et multiculturelle n’exploite pas assez ses atouts. Et pousse de facto certains de ses représentants dans les bras du djihadisme.

La communauté  musulmane a peur des djihadistes. Comme tout le monde. Toutes les religions doivent pouvoir être pratiquées par leurs croyants librement, mais sans porter atteinte à la liberté d’autrui. Toutefois, si la laïcité doit être la règle inaliénable et éternelle, il ne serait pas inutile que davantage de Français connaissent mieux le contenu de la Bible, du Coran et de la Torah, ainsi que les autres textes majeurs des trois religions majoritaires en France. Car connaître les religions peut être un décodeur de l’Histoire des peuples, des civilisations et des nations d’hier comme d’aujourd’hui. Et un facteur de compréhension de son prochain, permettant de séparer ainsi le bon grain de l’ivraie idéologique malfaisante… Ce qui peut s’avérer utile par les temps qui courent.

A contrario, la France pourrait devenir le théâtre d’un mauvais film de cultes.